ShareL'homme qui vit avec les sangliers, le grand Rémy Tornior, explique son amour pour Illustrator (et ses enfants) et lance le débat autour d'une profession en crise : parce qu'illustrateur, c'est un métier !
Dans quel coin habites-tu ?
Au centre du var, entre la méditerranée et les Gorges du Verdon.
Qu'y a t'il autour de toi ?
Pour l'instant une agréable forêt de chênes et de pins, les vignes et les oliviers et quelques sangliers sur lesquels je tombe parfois nez à groin. Dès que les travaux seront enfin finis je devrai bientôt enfin emménager dans ma future maison avec un bureau digne de ce nom. Je ferai un pot de départ avec les sangliers.
Plus près encore, sur ta table de travail ?
Le bureau c'est une table à manger parce que les bureaux sont généralement des meubles hideux, déprimant et en plus ils rappellent le travail. On peut y trouver un CD qui me sert de sous-verre, un téléphone portable avec écran couleur ou encore un « Lexique des Règles typographique en usage à l'imprimerie Nationale » mais c'est juste pour faire sérieux. L'intégrale de l'âne Trotro n'est pas loin (spéciale dédicace à Lynda Corazza). Quant à mes feutres, peintures etc ils dorment dans des cartons de déménagement depuis 3 ans.


Quel projet en cours ?
Plein de choses pour les éditions des Correspondances : des magnets, des cartes et de nouveaux produits !
L'illustration : un choix ? une révélation? un destin ?
C'est la mafia albanaise qui m'oblige, mais fort heureusement c'est également une passion depuis tout petit.
Une image piochée dans tes archives et son histoire
Ce n'est pas un chef d'œuvre mais c'est sans doute l'image qui a décidé de ma carrière. A l'époque je voulais devenir DA dans la pub, j'avais donc commencé une brillante carrière de stagiaire dans plusieurs agences. Comme on savait que je dessinais à côté un jour quelqu'un est venu me demander si ça m'intéressait de réaliser deux illustrations pour un gros client de l'agence... bien entendu cela aurait du rentrer dans ma « paie » de stagiaire mais c'était sans compter sur le DA bienveillant qui bossait sur le projet et qui s'est arrangé pour que ce boulot me soit payé à sa juste valeur. Ça en a fait grincer des dents mais pour moi ça a été un révélateur. J'ai oublié le nom de ce DA et ne l'ai jamais vraiment remercié comme il se devait... Si Jacques Pradel me lis...

Ton "outil"/logiciel préféré ?
Pour l'informatique je ne ne me sers pratiquement que d'Adobe Illustrator. Je trouve ce logiciel simplement parfait. Le fait de pouvoir modifier une image vectorielle à l'infini, que ce soit pour en modifier les détails, les couleurs ou la taille sans perte de qualité, même si on y perd en spontanéité, c'est quelque chose d'extraordinaire. Si Dieu avait eu un tel logiciel pour créer la Terre il aurait probablement pu rattraper quelques boulettes.
Un conseil technique ?
C'est en faisant n'importe quoi qu'on apprend le plus.
Un conseil d'ami ?
Je dirai que pour forger son style il ne faut pas hésiter à exploiter ses faiblesses en les transformant en atouts. Ou pour formuler cela autrement : « Au diable les complexes ».
Ce qui te fait te lever le matin ?
Mes enfants qui se lèvent tôt la semaine et encore plus tôt le week-end. Connaissant d'autres personnes dans la même situation, je pense que c'est un complot à l'échelle mondiale. Il est encore trop tôt pour dire si la CIA est impliquée. Mais une chose est sûre : les enfants sont partout, méfiez-vous.
Ce qui t'énerve le plus ?
Houla... la liste est longue... Dans le top 250, en piochant au hasard je dirai :
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n°4 : l'humanité
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n° 15 : ma misanthropie
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n° 24 : le refus de Desproges de ressusciter
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n° 57 : ma mémoire
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n° 124 : je ne me souviens plus
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n° 237 : l'incroyable capacité de l'être humain à se foutre royalement du sort de notre planète.
Ce qui te donne la pêche ?
http://www.youtube.com/watch?v=V1vDQEIHT0E
http://www.youtube.com/watch?v=U7IUA8W8xuM
http://www.youtube.com/watch?v=rJLv4cio2i8
Tu marches à quoi ?
Drogues dures : thé vert & chocolat. Et quand il faut bosser jusqu'au petit matin, un bol d'amiante avec un verre de White spirit.
Ta plus grande fierté ?
Ma petite famille.
Les clients, tu les aimes comment ?
Quand ils laissent le DA faire son travail. Quand je partage vraiment leurs valeurs et qu'ils ont un bon budget. C'est souvent soit l'un soit l'autre mais les deux sont possibles.
et les DA ?
Je les aime bien, à de très rares exceptions près ça se passe toujours très bien. Je pense qu'il y a une forme de respect et d'admiration réciproques entre nos deux professions, ça aide à faire passer le courant. Ils sont d'autant plus admirables qu'il sont souvent obligés de côtoyer des commerciaux. Bien entendu je plaisante, il existe des commerciaux fréquentables, j'en ai déjà approché :)
et ton agent ?
Patricia, j'aime bien quand tu pars avec ta batte de baseball récupérer les impayés des clients indélicats.
J'apprécie ton dynamisme qui donne la patate. Je nous trouve très complémentaires... Veux-tu m'ép...
Un avis sur l'illustration aujourd'hui ?
Sur le plan artistique c'est riche, très riche ; c'est très stimulant même si cela donne un peu le vertige. Avec internet il est possible en quelques clics de se gaver d'images jusqu'à écœurement alors que sur une impression papier par exemple j'ai l'impression que l'on prend plus le temps de laisser vagabonder son regard. Mais même sur les étals des libraires les livres sont à peine exposés qu'ils sont très vite remplacés par d'autres, qui à leur tour cèderont leur place...
Cela dit ce qu'il faut retenir avant tout c'est l'incroyable richesse de style qui existe, c'est la possibilité pour tous de découvrir le travail d'artistes de l'autre bout du monde, c'est la possibilité d'échanger facilement entre illustrateurs, de s'entraider et de s'organiser via des forums, des groupes sur les réseaux sociaux.
Concernant l'aspect professionnel du métier il y a beaucoup à dire. J'exerce un des plus beaux métier qui soit, je ne changerai pour rien au monde. Pourtant la situation est loin d'être rose et j'ai conscience d'avoir une situation plutôt privilégiée vis à vis de beaucoup de confrères : le secteur est en crise, la profession manque de maturité. C'est une des rares milieu professionnel que je connaisse où c'est souvent le client qui dicte ses règles ! Si un éditeur veut mettre 10 illustrateurs en compétition pour lui proposer gratuitement un essai à l'issu duquel l'heureux élu « gagnera » deux mois de travail payés 1000 €, il trouvera toujours du monde pour accepter ! Le site http://monmacon.tumblr.com/ résume bien cette situation absurde.
Certains artistes, soit par manque d'expérience soit parce qu'ils cumulent cette activité avec un métier plus alimentaire et ne souhaitent que la gloire de se voir édité acceptent n'importe quoi et tirent les prix vers le bas. Si on ajoute à cela la tendance des médias à préférer piocher le contenu iconographique dans des banques d'images toutes faites, la concurrence est rude.
J'ai espoir que les choses s'améliorent un peu mais la solution ne peut venir que des illustrateurs eux-même qui doivent mieux se concerter et s'organiser.
Il est quelle heure ?
L'heure est venue de la sobriété heureuse.
Après ça, tu fais quoi ?
La même chose que chaque jour, Patricia. Tenter de conquérir le monde !
Allez, une photo de toi !

Merci Rémy !